Six ans ferme pour l’ancien chef d’atelier des voitures Forest non homologuées

Six ans ferme pour l’ancien chef d’atelier des voitures Forest non homologuées

Le tribunal de Laon a condamné vendredi l’ancien chef d’atelier de Forest Automobile à six ans de prison ferme. Il est reproché d’avoir vendu des voitures non homologuées inspirées de la Méhari, laissant plus d’une centaine de clients sans véhicule ou sans possibilité de rouler.

L’histoire commence en 2022, dans un petit atelier de l’Aisne. Forest Automobile se lance avec un seul modèle, la Forest, une voiture de loisirs légère et rustique qui lorgne clairement du côté de la Citroën Méhari, dont la production s’est arrêtée à la fin des années 1980. L’idée séduisait : le créneau du petit utilitaire de plage et de campagne n’a plus beaucoup d’offre neuve, et la nostalgie fait le reste.

Les ennuis apparaissent dès 2024. Certains clients, pourtant ayant versé des acomptes, ne voient jamais arriver leur voiture. Ceux qui en reçoivent une découvrent un autre problème : le véhicule ne respecte pas les normes, et les autorités françaises refusent de l’autoriser à circuler. La société est placée en faillite en 2025.

Une sanction lourde, mais un dossier contesté

Jugé début octobre à Laon, l’ancien chef d’atelier était poursuivi pour escroquerie, mise en danger d’autrui, faux et usage de faux, tromperie, pratique commerciale trompeuse, blanchiment aggravé et banqueroute. Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir dirigé l’entreprise en sous-main, alors qu’une condamnation de 2019 lui interdisait de gérer une société.

Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet. Au-delà des 6 ans ferme, il prononce une interdiction définitive de gérer une entreprise commerciale, et une interdiction de 5 ans d’exercer dans l’automobile.

Son avocat, Me Emmanuel Ludot, juge la peine « disproportionnée ». Il fait valoir qu’il n’y a eu ni blessé ni mort, « uniquement du matériel », et que son client se présente comme un simple mécanicien. Il annonce un appel et une demande de remise en liberté. Du côté des parties civiles, Me Gilles Hamadache, qui représente une vingtaine d’entre elles, salue une décision à la hauteur, rappelant que le prévenu a minimisé la dangerosité des voitures et son propre rôle.

Ce que cela dit du secteur artisanal

Au-delà du fait divers, l’affaire rappelle une réalité que les passionnés oublient parfois : construire une voiture, même simple, ne se limite pas à assembler un châssis et une carrosserie. L’homologation, les essais, les contrôles de sécurité représentent un investissement lourd, qui dépasse souvent les moyens d’un petit atelier. Faire l’impasse sur cette étape, c’est vendre un objet que son propriétaire ne pourra pas utiliser légalement.

Pour les clients, le préjudice est avant tout financier. La prison ne leur rendra pas leur argent. Reste à savoir si les procédures permettront d’en récupérer une partie, ce qui paraît incertain après une faillite. L’appel annoncé laisse par ailleurs ouverte la question de la peine définitive.

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