Michelin : ces pneus ultra rentables qui boostent ses profits secrets
Une activité peu médiatisée mais très rentable pour Michelin
Les pneus dits « d’extrême » de Michelin représentent une part importante du chiffre d’affaires du groupe, soit 17 %. Ces pneus, destinés aux engins agricoles, miniers, militaires ou aéronautiques, affichent une marge opérationnelle de 13,1 %, supérieure à celle des segments classiques de voitures ou de poids lourds. Alors que la vente globale de pneus Michelin recule légèrement en volume au premier trimestre, cette branche spécifique continue de progresser, avec une croissance de 2,5 %.
Cette croissance s’explique par la diversité des marchés, notamment les engins agricoles, les camions miniers géants, l’aviation civile et militaire, ou encore la défense terrestre. Le centre d’Almeria, dans le sud de l’Espagne, sert de vitrine à cette activité. On y teste des machines comme des moissonneuses-batteuses, des bulldozers ou des tracteurs, soumis à toutes sortes d’épreuves : terrains boueux, pentes importantes ou surfaces glissantes. Des camions autonomes y circulent même sans conducteur, illustrant l’automatisation déjà en place dans certaines mines à travers le monde.
Les pneus géants à 50 000 euros l’unité
La pièce maîtresse de cette activité est le pneu de 63 pouces, soit plus de 4 mètres de diamètre. Ce sont actuellement les plus grands en service. Ils équipent notamment les « dumpers » de Caterpillar, de gros camions-bennes pouvant atteindre 600 tonnes une fois chargés. Sur la planète, seuls 4 500 de ces engins circulent, dont deux en Europe, testés à Almeria.
Chaque pneu pèse environ 5 tonnes et doit supporter plus de 100 tonnes de charge. Leur conception exige une fiabilité absolue, car une défaillance peut interrompre une exploitation minière entière. Avec un prix de 50 000 euros l’unité, l’enjeu économique est considérable pour les opérateurs miniers. Pour détecter la moindre anomalie, les techniciens découpent encore les pneus couche par couche dans un atelier spécialisé, un travail manuel partiellement assisté par des exosquelettes pour réduire la fatigue.
Une avance sur la concurrence chinoise, à relativiser
Malgré ces réussites, la menace chinoise reste présente. Le directeur de cette branche chez Michelin évoque une avance de cinq ou six ans sur les fabricants chinois. Toutefois, il considère ce délai comme « court », surtout dans un contexte où la Chine prévoit d’accélérer ses investissements dans ces secteurs dans le cadre de son plan quinquennal.
Michelin investit donc dans ses sites français, notamment à Bourges, Le Puy, Troyes et Montceau-les-Mines, ainsi que dans l’usine de pneus pour avions de Bourges. Le PDG Florent Menegaux mise sur la croissance structurale des besoins en minerais, en production agricole, en défense et en aviation pour justifier ces investissements. Reste à voir si ces arguments seront suffisants face à la progression plus rapide que prévu de la concurrence chinoise dans plusieurs segments industriels.
