Saab : Une légende à l’identité forte menacée par un modèle fragile
Une identité forte, mais un modèle économique fragile
Créée en 1945 par la société aéronautique suédoise Saab (Svenska Aeroplan AB), la marque automobile s’est rapidement distinguée. Dès les années 1970, elle a popularisé le turbo, développé une sécurité avancée et conçu un intérieur inspiré du cockpit d’avion. Saab ne ressemblait à aucune autre marque.
Les modèles iconiques comme la 900 ou la 9000 ont conquis une clientèle fidèle, souvent composée d’ingénieurs, d’architectes ou d’automobilistes en quête d’alternatives aux constructeurs allemands.
Cependant, derrière cette image forte, la réalité était plus compliquée. Saab n’a jamais réussi à produire assez pour rentabiliser ses investissements. La production limitée, combinée à des solutions techniques coûteuses, pesait lourdement sur ses finances. Dès les années 1980, la marque peinait à équilibrer ses comptes.
En 1990, General Motors entre au capital de Saab, puis en devient propriétaire à part entière en 2000. L’objectif était d’intégrer la marque dans un grand groupe pour mutualiser les coûts et développer ses plateformes. Sur le papier, la stratégie semblait logique. Mais en pratique, Saab perdait peu à peu son indépendance technique et une partie de son identité.
Certains modèles dérivés de bases Opel ou Chevrolet étaient perçus comme éloignés de l’esprit Saab. Les ventes stagnaient face à la montée en puissance des concurrents allemands. La crise financière de 2008 a encore fragilisé la marque. En 2010, GM revend Saab au constructeur néerlandais Spyker. Mais cette relance fut de courte durée. Faute de liquidités et d’investisseurs solides, Saab a déposé le bilan en décembre 2011.
Ce que Saab représentait… et ce que l’on a perdu
La disparition de Saab ne se limite pas à la fermeture d’une usine. C’est une vision de l’automobile qui s’éteint. La marque suédoise incarnait une approche différente de la voiture. Elle privilégiait un design singulier, avec un contacteur placé entre les sièges, un pare-brise panoramique, des moteurs turbo performants et un comportement routier inspiré du nord de l’Europe.
Saab avait une personnalité forte. Bien que ses voitures n’étaient pas parfaites, elles avaient du caractère. Dans un marché de plus en plus uniformisé, cela comptait beaucoup.
La marque a aussi été pionnière dans la sécurité et la technologie. Elle a été l’une des premières à utiliser le turbo sur des modèles grand public. Sa capacité à innover avec des moyens limités était remarquable. Cependant, Saab a souffert d’un positionnement ambigu : trop chère pour concurrencer les voitures généralistes, mais pas assez pour rivaliser avec les marques premium comme Audi, BMW ou Mercedes. Elle se situait dans un entre-deux difficile à défendre. Le premium exige des investissements massifs, une image mondiale forte et des volumes importants. Saab avait l’image, mais pas les ressources nécessaires.
Aujourd’hui, le nom Saab subsiste à travers Saab AB, spécialisée dans l’aéronautique et la défense. La tentative de relancer la marque automobile via NEVS, qui a repris ses actifs industriels, n’a jamais permis une production stable. Pour ses anciens propriétaires, Saab reste un souvenir particulier, une marque qui incarnait une certaine idée de l’automobile, presque militante, dans un paysage dominé par les SUV et les plateformes partagées.
