Un million de voitures invisibles échappent au contrôle en France
Près d’un million de voitures échappent au contrôle en France
En France, environ un million de véhicules circulent sans posséder de carte grise officielle. Ces voitures, souvent appelées « invisibles », échappent à la fois au fisc et aux radars, et ce, depuis 2017. La Cour des comptes tire la sonnette d’alarme et souligne les failles d’un système de gestion des immatriculations confié à des garages parfois fictifs.
Une fraude massive révélée par la Cour des comptes
La Cour des comptes pointe du doigt une fraude à grande échelle liée à des sociétés fictives, notamment des garages « fantômes » déployés fin 2024. Ces structures immatriculent des véhicules à la chaîne, sans locaux ni salariés, en profitant des failles du système d’immatriculation des véhicules (SIV). Selon le rapport, cette fraude concerne environ un million de véhicules, mais ce chiffre pourrait être encore sous-estimé.
Comment ces véhicules deviennent « invisibles »
Depuis 2017, certains acteurs peu scrupuleux exploitent un régime de déclaration d’achat pour détourner le système. Ces garages, souvent réduits à une simple boîte aux lettres, enregistrent de nombreux véhicules sans véritable activité ni contrôle. Ils profitent notamment de la déclaration d’achat, qui permet à un professionnel de prendre temporairement le nom d’un véhicule d’occasion sans payer les taxes, avant de le revendre. Ce procédé a permis de dissimuler la véritable identité des propriétaires.
Une hausse notable des grands excès de vitesse, +160 % entre 2016 et 2022, a permis aux enquêteurs de repérer ces pratiques. En analysant les immatriculations des véhicules flashés, ils ont identifié 291 sociétés fictives impliquées dans cette fraude. La Cour décrit plusieurs types de manœuvres, touchant à la fiscalité, à la sécurité routière ou à l’ordre public, notamment la réimmatriculation de véhicules volés ou impliqués dans des activités criminelles.
Une gestion défaillante de l’État
La Cour des comptes dénonce une gestion laxiste des contrôles et des habilitations. Depuis la fermeture des guichets en préfecture en 2017, près de 39 000 professionnels ont été habilités pour accéder au SIV, puis environ 32 000 en 2025. Ces habilitations, délivrées de manière peu contraignante, sont accordées par des démarches simplifiées et souvent basées sur la confiance, sans contrôles réguliers. Résultat : les contrôles sur le terrain restent rares, et la fraude prospère.
Les contrôles annuels des professionnels habilités ne concernent qu’environ 3 % d’entre eux, ce qui revient à vérifier chaque opérateur en moyenne tous les 33 ans. Lors de campagnes de contrôle, entre 40 et 60 % des opérateurs contrôlés présentaient des irrégularités. Depuis 2022, ces campagnes sont suspendues pour manque de moyens. Sur le plan judiciaire, peu de fraudes donnent lieu à des poursuites : en 2024, moins de 7 % des infractions constatées ont été poursuivies en justice.
Un plan d’action tardif, mais insuffisant
Ce n’est qu’en mai 2025 qu’un plan de 31 mesures a été adopté pour lutter contre ces fraudes. Le ministère de l’Intérieur annonce une augmentation de 60 % des fraudes détectées entre 2023 et 2025, et une réduction du nombre d’habilitations accordées, passant de 39 000 à 27 000. Des campagnes de contrôle seront relancées, et des enquêtes administratives renforcées pour toute nouvelle demande d’habilitation.
La Cour des comptes estime cependant que ces efforts restent insuffisants tant que le futur système d’immatriculation, prévu pour 2028, n’empêchera pas la fraude en amont. Les magistrats suggèrent de limiter l’accès au SIV à un groupe restreint de « tiers de confiance » mieux contrôlés, afin d’éviter que le phénomène des « voitures invisibles » ne s’aggrave encore. Pour le moment, la lutte contre ces véhicules fantômes demeure fragile et peu efficace.
