Les voitures électriques chinoises envahissent l’Europe malgré les droits de douane
Les droits de douane européens sur les voitures électriques en provenance de Chine visaient à limiter l’influence de Pékin sur le marché européen. Cependant, au lieu de freiner cette offensive, ces mesures ont simplement déplacé la stratégie des constructeurs chinois.
En effet, face à ces barrières tarifaires, plusieurs fabricants comme BYD, Geely, Omoda & Jaecoo ou Zeekr ont choisi de s’implanter directement dans des usines en Europe. Plutôt que d’exporter, ils produisent désormais localement pour le marché européen.
Construire une nouvelle usine de A à Z coûte des milliards et demande plusieurs années. En revanche, s’installer dans une usine déjà existante, en sous-capacité, et dont le propriétaire cherche à couvrir ses coûts, est une option plus rapide et moins coûteuse.
Des alliances qui ressemblent à des capitulations ?
De plus en plus d’exemples illustrent cette tendance. Stellantis a transféré ses lignes à Rennes à la société chinoise Dongfeng. Le constructeur Leapmotor, partenaire de Stellantis, prévoit d’investir dans une usine à Saragosse, avec des projets pour Madrid. Ford a cédé une part de son site espagnol à Geely. Selon plusieurs sources, BYD serait également en discussion avec Stellantis.
Ces accords sont motivés par des enjeux économiques. Selon le cabinet Jefferies, Stellantis tourne actuellement à environ 46 % de sa capacité maximale. Or, pour qu’une usine soit rentable, elle doit fonctionner entre 65 et 80 %. La différence représente des pertes importantes, pouvant menacer des emplois.
Une dépendance qui s’installe durablement
Ce qui se met en place n’est pas seulement une externalisation de services industriels. C’est une transformation profonde des équilibres de pouvoir dans l’industrie automobile mondiale. L’Europe fournit le foncier, les infrastructures et une main-d’œuvre qualifiée. La Chine apporte les capitaux, les logiciels embarqués et la technologie des batteries.
Sur le papier, cette coopération semble complémentaire, mais elle complique aussi la compréhension des dynamiques en jeu. La question n’est plus de savoir si les constructeurs chinois vont s’installer durablement en Europe. Ils y sont déjà.
Le vrai enjeu est de savoir quels leviers les groupes occidentaux pourront encore mobiliser face à cette nouvelle configuration, où ils apparaissent souvent en position de faiblesse. Ce qui a débuté comme une guerre commerciale, avec des taxes, évolue peu à peu vers une cohabitation contrainte, dont les termes restent à négocier.
