Europe : 5,4 millions de voitures en trop, des usines sous-utilisées
Une capacité de production sous-utilisée en Europe
Les usines automobiles européennes tournent en moyenne à seulement 59 % de leur capacité, selon une étude du Boston Consulting Group (BCG). Ce taux est bien en deçà du seuil de rentabilité, fixé à 80 %, permettant d’amortir les investissements. En conséquence, le continent produit environ 5,4 millions de voitures de trop, par rapport à la demande réelle. Cela équivaut à la production annuelle de plus de 35 usines, sur un total d’environ 90 centres de fabrication en Europe. En d’autres termes, un tiers des unités industrielles actuelles n’est plus nécessaire.
Un marché en déclin et des difficultés économiques
Ce décalage entre capacité et demande s’inscrit dans un contexte de crise structurelle. Les tendances économiques, telles que l’inflation persistante, le désintérêt des consommateurs pour les concessions et la fermeture du marché chinois à certaines marques, aggravent la situation. Les constructeurs doivent faire face à une surcapacité qui impacte leurs marges. Certains, comme Stellantis, prévoient de réduire leur capacité en Europe de 800 000 véhicules, soit une baisse de 17 %, pour tenter de préserver leur rentabilité. Même les marques haut de gamme, généralement mieux protégées, subissent la crise. Mercedes-Benz prévoit de réduire sa production mondiale de 2,5 millions à 2,2 millions d’unités d’ici 2028, tandis que BMW a vu ses volumes diminuer de 8 % l’an dernier. La crise a ses racines avant la pandémie, lorsque les ventes mondiales étaient estimées à plus de 100 millions de véhicules par an. La réalité, autour de 90 millions, montre que la reprise économique en Europe est encore loin.
Quelles solutions pour l’industrie automobile européenne ?
Produire en Allemagne ou en France est devenu coûteux, notamment à cause des prix élevés de l’énergie et des salaires. Par exemple, assembler une Mercedes en Hongrie coûte 70 % moins cher qu’en Allemagne. Volkswagen, avec ses usines allemandes très occupées, perd de l’argent à cause des coûts élevés. Par ailleurs, ses sites en Chine tournent presque à vide, en raison de la chute des parts de marché.
Pour éviter la faillite, les constructeurs multiplient les plans de restructuration. Après avoir fermé la production à Dresde et Bruxelles, Volkswagen vise désormais des usines comme Hanovre, Emden ou Neckarsulm. Certains cabinets comme McKinsey envisagent même de ne conserver que deux usines sur dix en Allemagne. Des idées surprenantes sont également évoquées, telles que la reconversion d’usines de moteurs en sites de fabrication d’armements. Mercedes pourrait vendre son site de Ludwigsfelde à un constructeur de blindés, et Volkswagen négocie avec des industriels utilisant des technologies de défense pour recycler certaines usines. D’autres entreprises louent leurs lignes vides à des fabricants chinois pour contourner les taxes européennes.
