Les maires bientôt maîtres des radars : un enjeu de sécurité et de pouvoir

Les maires bientôt maîtres des radars : un enjeu de sécurité et de pouvoir

Une décentralisation des contrôles de vitesse

À partir de 2027, les maires auront la possibilité d’installer eux-mêmes des radars automatiques dans leur commune. Jusqu’à présent, ces appareils étaient gérés par l’État, mais cette nouvelle loi, appelée loi 3DS, prévoit de transférer cette compétence aux collectivités locales. L’objectif est de mieux adapter la gestion des contrôles aux besoins locaux, notamment dans les zones à risque.

Un enjeu de conflit d’intérêts

Selon l’association 40 millions d’automobilistes, cette nouvelle possibilité pose un problème majeur. En effet, si la mairie peut fixer la vitesse et installer des radars, cela peut aussi créer un conflit d’intérêts. La mairie pourrait être tentée d’installer des radars non pas pour la sécurité, mais pour générer des revenus. Cette situation soulève la question de l’indépendance entre la gestion de la sécurité routière et les bénéfices financiers potentiels.

Les finances des communes étant souvent fragiles, certains pourraient être tentés de transformer certains tronçons routiers en « péages » pour augmenter leurs recettes. Cela pourrait conduire à privilégier des radars là où la rentabilité est la plus forte, au détriment de la sécurité réelle. Par ailleurs, cette décentralisation risque d’accentuer les écarts territoriaux, avec des villes très strictes et d’autres beaucoup plus laxistes. La cohérence du code de la route à l’échelle nationale pourrait en pâtir.

Les limites de la politique répressive

Depuis 2013, la mortalité routière stagne, malgré l’installation de nombreux radars. La majorité des conducteurs considèrent déjà ces dispositifs comme des sources de revenus pour les collectivités. Confier leur gestion aux élus locaux risque d’aggraver cette perception négative et de creuser le fossé entre automobilistes et pouvoirs publics. La logique de répression atteint ses limites, et certains estiment qu’il faut privilégier des mesures de prévention.

Le cas italien comme exemple à suivre

En Italie, la multiplication des radars automatisés a suscité une forte opposition. Le pays compte aujourd’hui plus de 11 000 appareils, souvent installés sur des axes secondaires peu accidentogènes. La grogne populaire a conduit le gouvernement italien à limiter leur usage en 2024. Des décrets ont interdit l’installation de radars dans les zones urbaines où la vitesse est inférieure à 50 km/h, afin de réduire les abus.

En France, certains responsables politiques regardent ces expériences étrangères avec attention, mais semblent peu enclins à tirer les leçons. Malgré les échecs italiens, le gouvernement français maintient sa volonté de décentraliser la gestion des radars, en affirmant que les préfectures disposeront d’un droit de veto et étudieront attentivement chaque projet. Cependant, ces garanties semblent faibles face aux pressions politiques locales et aux enjeux financiers.

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